Depuis que Frédéric Biousse et Guillaume Foucher ont transformé une charmante bastide en hôtel de luxe au coeur du Luberon, l’homme d’affaires et le galeriste semblent avoir contracté le virus de l’hôtellerie. Une chaleureuse hospitalité qu’ils insufflent à chacun de leurs établissements. Et notamment dans l’hôtel Les Bords de Mer, à Marseille, qui domine le large comme un paisible paquebot.
Le Domaine de Fontenille, premier-né de la collection, a donné son nom à un groupe hôtelier d’un nouveau genre, fondé par Frédéric Biousse et Guillaume Foucher.
Derrière le portail en fer forgé ébène, une oasis intimiste, estampillée Relais & Châteaux, dévoile un admirable palais 1930. Mis en scène par l’architecte d’intérieur Gilles Dez, celui-ci abrite vingt-deux vastes suites ourlées de généreuses terrasses ou jardins. Dans son parc de trois hectares, six pavillons aux noms poétiques (Mignonne, Nina, Paresseuse…), avec piscines privées et majordomes, accueillent une nouvelle génération de voyageurs. Désireux de se ressourcer en tête à tête avec une nature luxuriante aux effluves d’orangers et de rosiers Ronsard, dans l’ombre de palmiers géants et d’oliviers centenaires. Et de déconnecter sur une bande-son où les mésanges rivalisent avec le clapotis d’une cascade. La vue sur l’Atlas est saisissante. Pour le lâcher-prise, les espaces bien-être participent aux atouts de ce bonheur exclusif. Piscine lagon, spa fabuleux et la table savoureuse et saine du chef étoilé Xavier Mathieu. Suivant la course du soleil, il adapte sa carte du Potager du poète, aux abords du bassin, ou au Jardin d’hiver gastronomique. Chapeau de paille, éventail, massages, produits Guerlain et peignoirs en bambou font du palais Ronsard un repaire secret pour initiés.
Depuis 2000, la Serpentine Gallery invite chaque été un architecte de renommée internationale à construire sa première structure dans la capitale britannique. De grands noms et de nouveaux talents se sont succédés pour se prêter à l’exercice: s’approprier, le temps d’une saison, une partie des jardins de Kensington. Après SelgasCano en 2015, BIG en 2016, Diébédo Francis Kéré en 2017 et Frida Escobedo en 2018, c’est à Junya Ishigami de surprendre les visiteurs cette année.
nstallée dans un ancien atelier industriel du 2e arrondissement de Paris, l’agence fondée en 2006 par Franklin Azzi est une véritable ruche où s’affaire une cinquantaine de collaborateurs: architectes, décorateurs, designers, infographistes et même des historiens de l’art! Une équipe pluridisciplinaire qui reflète parfaitement l’approche «hybride et rigoureuse» que revendique Franklin Azzi.
Deuxième exposition majeure de la fondation Vanhaerents Art Collection en dehors de la Belgique, The Death of James Lee Byars met en scène une installation créée en 1994 par l’artiste plasticien qui luttait à l’époque contre une maladie incurable. Considérée comme l’œuvre la plus intime et la plus forte de Byars, la performance s’articule autour de la mort et de la disparition éternelle. Byars présente une image obsédante de la dernière étape dans le monde des vivants avec une vaste chambre dépourvue de toute ornementation et tapissée de feuilles d’or et de diamant. Présentée en 1994 à Bruxelles et à Venise, la performance réalisée par l’artiste lui-même consistait à l’époque en une mise en scène symbolique de sa propre mort. Aujourd’hui, seuls une canette de bière et cinq cristaux symbolisent le passage de Byars dans ce mausolée doré. Entre le néant et l’inconnu The Death of James Lee Byars fait revivre l’héritage de l’artiste disparu et s’interroge en même temps sur les phénomènes de l’absence, du vide et des univers parallèles. Pour raviver l’émotion, la fondation Vanhaerents Art Collection a chargé le compositeur et plasticien libanais Zad Moultaka de créer une nouvelle œuvre audio qui accompagne l’esthétique de la mort instaurée par Byars. Composée de seize haut-parleurs, l’installation immersive Vocal Shadows invite à méditer à travers les sons sur les conditions existentielles du retrait éternel. Il en résulte un requiem musical, une messe de mort chantée par de nombreuses voix, accompagnées de mots et de sons. Ils se diffusent de manière rythmée sur l'ensemble de l'espace d'exposition pour créer des motifs acoustiques en constante évolution.
Voilà plus de vingt ans, à son arrivée au Liban, que Liane Mathes Rabbath plie, colle, découpe, tord, rassemble et revisite le papier à cigarette, son matériau de prédilection, qu’elle décline en œuvres d’art. Telle une alchimiste, elle réussit à transformer le banal warak el Cham en tableaux en relief grâce à une technique qui lui est propre et qui nécessite, outre l’habileté, une patience d’ange et une imagination débordante.
«C’est simple, se souvient Joumana Jamhouri, j’avais dix ans lorsque ma grand-mère m’a offert un Kodak Instamatic; j’ai tout de suite accroché.» Quelques années plus tard, l’envie de capter des instants s’imposant, Joumana acquiert un appareil plus sophistiqué. En parallèle, elle suis des études en économie dont elle décroche «miraculeusement» le diplôme! En 1983, après un séjour en Europe, la famille Arab s’installe en Colombie. Grâce à son père diplomate, la jeune femme voyage, en observatrice, et débarque enfin à 23 ans à New York, une ville en pleine effervescence qu’elle apprend à apprivoiser. Elle y demeure treize ans, c’est là qu’elle rencontre son époux et fonde une famille. Et que le déclic se fait. Ou plutôt qu’elle prend conscience que «quelque chose que je n’identifiais pas me manquait gravement.» À trente ans, Joumana Jamhouri, qui veut retrouver le bien-être et se retrouver elle-même, réalise que cette quête passe par la photographie. Elle intègre le NYIP (New York Institute of Photography) où elle est mise à l’épreuve pendant le 1er semestre mais décroche rapidement, en vraie battante, une bourse complète. Elle commence à photographier des portraits et des paysages et, rien n’arrivant par hasard, une amie lui demande de prendre en photo l’usine familiale mise en vente: «Je veux ton œil et je suis sûre que cela te plaira.»
Une cinquante de natures mortes, dessinées en 2019, sont ici dévoilées. Elles illustrent la maîtrise parfaite qu’à Samir Tabet de cet art où l’acuité du regard et l’assurance de la main forment une indissociable paire. Son travail ne saurait se comprendre sans revenir à ses années de formation dans l’atelier du portraitiste florentin Annigoni, puis chez Janet, spécialiste français de la nature morte. Du premier, il apprit la rigueur et l’humilité de l’artiste devant son sujet. C’est l’anecdote souvent rappelée de l’épreuve d’entrée à laquelle le maître italien soumit son disciple: dessiner en deux semaines un mouchoir avec un seul crayon H. Samir Tabet ne put relever le défi avec succès, mais Annigoni salua sa persévérance et accepta de le prendre sous son aile. L’apprenti débuta alors cet inlassable chemin de l’œil porté sur le modèle à la main, l’immortalisant sur la toile, mouvement mille et mille fois répété depuis. Ces séries d’objets peints à l’huile en sont l’expression: chaque poire, chaque clémentine diffère de sa voisine, dans des aspérités, des contours qui lui sont propres. Samir Tabet privilégie «les fruits qui présentent en raison de leur difformité un défi plus excitant. Pommes et cerises, aux formes circulaires trop parfaites, [le] lassent.» Des pots en verre, les Pots d’Yvette, sa femme, à laquelle il dédie l’exposition, il travaille les jeux de lumière: les ombres révèlent la masse du cylindre.
Certaines créations de Nada Sehnaoui ressemblent à des oeuvres abstraites. Mais en se rapprochant, le visiteur y découvre une multitude de détails. Des mécanismes de montres évidées, des pinces à linge, des capsules de médicaments, symboles de rituels répétitifs et de ces gestes qui marquent le passage du temps. Sa démarche d’accumulation («Le nombre crée l’émotion», dit-elle) rappelle celle du prix Nobel de littérature Orhan Pamuk dont le musée de l’Innocence à Istanbul, imprégné de l’atmosphère de son roman éponyme, regroupe mille objets du quotidien. «Les détails de nos gestes, de nos mots, de nos odeurs», écrivait-il.